Comment concilier les différences entre les Camerounais de toutes origines, et bâtir un Etat unanimement considéré comme un îlot de paix dans un continent si « généreux » en conflits de tous genres ? Tel est le défi permanent auquel se trouve confronté le Cameroun, considéré à juste titre comme une Afrique en miniature. Avec ses près de 200 ethnies, la pluralité de ses visages géographiques et culturels, la diversité des opinions politiques écloses à la faveur du vent de libéralisation du début des années 90, ce pays pourrait, a priori, réunir les éléments d’un cocktail explosif au plan sociopolitique.
Et pourtant, le Cameroun affiche belle allure, et constitue, dans sa sous-région, un véritable havre de stabilité et de paix, un cas rarissime dans le continent africain. Des concepts dont le chef de l’Etat a fait une préoccupation obsédante depuis son accession à la Magistrature Suprême du pays, le 6 novembre 1982. Le discours de prestation de serment prononcé à cette occasion indiquait que « s’agissant en particulier des options (…) dont l’application et les résultats font du Cameroun cet îlot de paix, d’unité, de stabilité, de justice et de progrès dans un monde aux prises avec les affres de l’instabilité, de la violence et de la pénurie, ces options, dis-je, je les rappelle, parce que les circonstances l’exigent, et pour m’en porter garant ».
Rien, entre-temps, n’est venu démentir un engagement aussi solennel et déterminant. Non pas, pourtant, qu’il n’y ait point eu de situations potentiellement ou réellement porteuses de tension ou de crise. Ainsi, dès août 1983, la première alerte sérieuse d’une tentative d’atteinte à la stabilité des institutions républicaines est donnée. Tout en indiquant une série de mesures correctives à la situation (création d’un Etat-Major général des Forces armées, éclatement des provinces du Nord et du Centre-Sud, etc…), le président Paul BIYA réitérait sa détermination à « œuvrer sans relâche et avec détermination, foi et engagement, pour la préservation et la consolidation de la paix et de l’unité nationale et pour l’avènement d’un Cameroun toujours plus fraternel et plus prospère dont nous puissions toujours être fiers ».
Lors des tristes événements d’avril 1984 (tentative de coup d’Etat), l’on a su se garder de succomber à la tentation de la simplification ayant consisté, par exemple, à incriminer et stigmatiser les ressortissants d’une région quelconque, en l’occurrence les trois provinces septentrionales du pays. Les manipulateurs de l’ombre ont aussi, en vain, essayé d’utiliser le levier des différences linguistiques entre anglophones et francophones, ainsi que les spécificités religieuses entre musulmans et chrétiens, pour jeter le doute et semer le trouble au sein d’une population très majoritairement constituée des adeptes de ces deux religions. Mais la grande maturité du peuple camerounais a fait échec à ces basses manœuvres, et l’essentiel de la paix sociale a pu être ainsi préservé.
Les années dites de braise, occasionnées par l’agitation sociopolitique du début des années 90, ont également constitué une épreuve importante de la vie du Cameroun. A la faveur des lois issues de la session dite des Libertés à l’Assemblée nationale, plusieurs dizaines de formations et associations politiques ont vu le jour, et se sont mis à se faire entendre bruyamment, pour, par exemple, exiger l’organisation d’une conférence nationale souveraine, à l’image de ce qui s’était passé dans d’autres pays africains à la même période. Mais, fort de ses principes et de ses convictions sur la préservation de la paix sociale et de la souveraineté nationale, le président Paul BIYA a su se montrer ferme, et la suite des événements, aux plans tant intérieur qu’au-delà, lui a pleinement donné raison. Devant la représentation nationale, il a déclaré sans équivoque : « je l’ai dit et le redis : la conférence nationale est sans objet pour le Cameroun ». A la place, un large débat national a été organisé au Palais des Congrès de Yaoundé, avec la participation de toutes les forces sociales et politiques du pays, dans le cadre de ce qui est, aujourd’hui encore, connu comme la Conférence Tripartite (pouvoirs publics, acteurs politiques et société civile). Ce conclave a notamment inspiré la révision constitutionnelle de janvier 1996, et a considérablement pesé sur le climat sociopolitique des années suivantes. Plus récemment encore, à la fin du mois de novembre 2006, l’on a vu le Premier Ministre recevoir, sur instruction du Chef de l’Etat, divers acteurs sociaux dans le cadre d’une large consultation devant aboutir à la mise sur pied d’un organe indépendant de gestion des élections au Cameroun (ELECAM). Un sujet volontiers considéré comme délicat, et ayant par exemple focalisé l’attention de l’opinion nationale et internationale lors des deux dernières vagues d’élections, tant nationales que locales.
Telle est l’approche camerounaise de la gestion des crises et tensions sociales : le dialogue républicain, la prise en compte des positions des divers acteurs, la fédération des divers avis et opinions, fondements de ce que l’on a fini par dénommer la démocratie apaisée, expérimentée ici avec un bonheur évident.
Bien que très largement vainqueur des deux dernières consultations électorales, le président Paul BIYA n’a pas hésité à tendre la main à ses adversaires d’hier, parfois connus pour la virulence de leurs critiques. Mais la construction de la confiance étant à ce prix, c’est le Cameroun tout entier qui en a tiré avantage, méritant, une fois de plus, sa réputation de pays de la sagesse et de havre de paix.
Dans ce même sillage, il est difficile de ne pas évoquer la maestria avec laquelle le président Paul BIYA a contribué à gérer l’affaire Bakassi, jusqu’à son dénouement manifesté par l’arrêt avantageux de la Cour Internationale de Justice de la Haye le 10 octobre 2002, et le retrait des troupes et des administrations nigérianes de la presqu’île le 14 août 2006. Un parcours, en tous points, exemplaire de patience, de tempérance, de tact et de diplomatie tant officielle qu’officieuse. Là où un conflit armé aurait pu être considéré comme inévitable, le chef de l’Etat camerounais a créé et entretenu un environnement de fraternisation voué à faire triompher l’intérêt général au niveau national et sous-régional. Chacun peut deviner les effets dévastateurs qu’aurait pu avoir un conflit armé entre les deux pays phares de la région du Golfe de Guinée. Les populations auraient été les premières victimes désignées, et tous les autres secteurs de la vie quotidienne en auraient été affectés. Le président Paul BIYA s’est investi dans la résolution de ce conflit, dans tous les aspects ayant pu conduire à une crispation des positions de l’une ou l’autre partie. Genève, Saint-Cloud, Greentree, autant de localités désormais inscrites dans la mémoire et dans l’histoire du Nigeria et du Cameroun, pour avoir abrité au moins une fois chacune les célèbres sommets tripartites entre Paul BIYA, OLUSEGUN OBASANJO et KOFI ANNAN, alors Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies. A des moments où les observateurs, même les plus avertis, croyaient devoir prophétiser une impasse, du fait des rebondissements ayant pu intervenir dans la préhension de cette affaire, en général du côté nigérian, le président Paul BIYA a su trouver la clé nécessaire pour débloquer la situation, toujours à la satisfaction de la communauté internationale. L’affaire Bakassi restera inscrite dans les mémoires comme un modèle de résolution pacifique d’un conflit, et devrait, de ce fait, servir d’exemple à l’Afrique, voire à l’humanité toute entière.