Après deux jours d’intenses travaux (16 et 17 janvier 2010) à Bangui, les Chefs d’Etat des six pays membres de la CEMAC (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) sont parvenus à une série de décisions majeures et prometteuses pour l’avenir de la sous-région. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le 10ème sommet de la CEMAC à Bangui est un grand tournant. D’abord, en ce qui concerne la gestion des organes institutionnels -Commission de la CEMAC, Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Banque de Développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC), Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC)- et des institutions spécialisées, les Chefs d’Etat ont adopté le principe de la rotation aux postes de responsabilité dans l’ordre alphabétique des Etats membres de la CEMAC. Ce principe est aussitôt entré en vigueur au niveau de la BEAC et de la BDEAC.
S’agissant de la BEAC, on assiste à la remise en cause du consensus de Fort-Lamy dont l’un des aspects était l’attribution du poste de gouverneur au Gabon. Sans surprise donc, l’ancien Gouverneur de la BEAC, M. Philibert Andzembé, englué dans de nombreux scandales financiers (placements hasardeux et détournement de fonds au bureau de Paris) a été limogé ainsi que l’ensemble de son équipe. Ils devront répondre de leurs actes en justice. M. Lucas Abaga Nchama, de nationalité équato-guinéenne, jusque-là directeur d’exploitation à la BEAC, a été porté au poste de Gouverneur de la BEAC pour un mandat de sept ans non renouvelable. Limogé également, le président de la BDEAC, Anicet Dologuelé, remplacé par Michael Adande, de nationalité gabonaise.
S’agissant ensuite des projets d’intégration, le siège de la future compagnie sous-régionale, Air CEMAC, a été fixé à Brazzaville au Congo. A l’ouverture du sommet, le président de la Commission de la CEMAC, M. Antoine Ntsimi, a déclaré que la nouvelle compagnie sera opérationnelle au courant de cette année 2010. Tout comme sera mis en circulation le passeport CEMAC qui va faciliter la libre circulation des citoyens de la zone, renforçant ainsi l’intégration. Enfin, d’autres projets tels que le Programme économique régional (PER) ont été validés et des résolutions ont été prises par les Chefs d’Etat en vue de sa mise en œuvre rapide.
Le sommet de Bangui a donné l’occasion au Président de la République du Cameroun, S.E.M. Paul Biya, de jouer à fond son rôle de sage au service de la sous-région. Il a aussi permis de mesurer l’estime dont jouit le numéro un camerounais ainsi que son épouse, Madame Chantal Biya, auprès des populations centrafricaines. Arrivé à Bangui parmi les tout premiers Chefs d’Etat, dans l’après-midi du 15 janvier, le Couple présidentiel camerounais, qui foulait pour la première fois le sol centrafricain, a reçu un accueil chaleureux et enthousiaste de la part des Centrafricains et de la dynamique communauté camerounaise en RCA, qui s’est illustrée par une mobilisation exceptionnelle durant les trois jours de ce séjour. Aussitôt installé dans sa résidence, magnifique villa surplombant la capitale centrafricaine avec une grande visibilité sur le fleuve Oubangui et la ville de Zongo en RDC, située de l’autre côté du fleuve, le Chef de l’Etat s’est mis au travail. Il a eu une longue concertation avec ses homologues centrafricain François Bozize ; congolais Denis Sassou Nguesso ; et tchadien Idriss Deby Itno. Le lendemain, 16 janvier 2010, Paul Biya et ses cinq autres pairs de la sous-région (les trois précités plus les Présidents Teodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale et Ali Bongo Ondimba du Gabon) se sont retrouvés au palais de la CEMAC pour l’ouverture officielle des travaux de ce 10ème sommet, avant un premier huis clos qui a pris fin tard dans la nuit, pour permettre aux Chefs d’Etat de l’Afrique centrale et à leurs épouses de répondre à l’invitation à la soirée de gala organisée en leur honneur par le Couple présidentiel centrafricain au Palais de la Renaissance. Un moment de détente au cours duquel les Chefs d’Etat ont montré qu’au-delà de leurs lourdes charges, ils restent des hommes. Cette soirée a été marquée en effet par une articulation exceptionnelle : l’ouverture du bal par les Chefs d’Etat et leurs épouses au rythme d’un orchestre local. Une séquence captivante. La reprise des travaux, le lendemain, 17 janvier 2010, a été marquée par un autre long huis clos des Chefs d’Etat qui a abouti aux décisions majeures relevées plus haut.
Durant leur séjour à Bangui, les Chefs d’Etat ont aussi participé à l’inauguration d’un monument érigé en la mémoire de feu le Président Omar Bongo Ondimba, qui s’est illustré durant sa vie par sa médiation dans les crises centrafricaines.
En résumé, on peut dire que le sommet de Bangui a comblé les attentes ; le Président Paul Biya a joué à fond son rôle de sage au service de l’Afrique centrale ; la présence du Couple présidentiel camerounais à Bangui a été très appréciée par les populations qui sont sorties en masse pour l’acclamer à chaque sortie. Quant à la RCA, qui sort d’une longue période de troubles, le sommet de la CEMAC est porteur d’espoir pour la population qui n’aspire qu’à vivre en paix pour voir toujours arriver autant de Chefs d’Etat dans le pays.









