ECONOMIE

Comment les paysans ont fait redémarrer un pays secoué par la crise. Et lancé le Cameroun à l'assaut des marchés voisins...

GRANDS INDICATEURS ÉCONOMIQUES

GRANDS INDICATEURS ÉCONOMIQUES
poste 1996/97 1997/98 1998/99 1999/00 2000/01 2002
PIB (milliards de f CFA) 5098 5435 5709 6312,3 6915 nc
PIB non pétrolier(milliards de f CFA) 4680 5070 5449 5785,4 6280,9 6875
Taux de croissance (%) 5,1 5 4,4 -6,5 0,6 nc
Dont secteur non pétrolier 5,3 5 4,4 4,8 5,4 4,5
Taux d'inflation (%) 4,1 3,9 3,1 0,8 2,8 nc
Taux d'investissemet (% du PIB, hors secteur informel) 17,8 18,9 19,7 19,8 23,2 nc
Taux d'épargne intérieur (%) du PIB 22,5 20,7 20,2 24,3 25,1 nc
Dépenses budgétaires (%) du PIB 15,8 16,3 16,6 13,9 15,9 nc
Solde budg. de base, dons inclus (%) du PIB -1,2 -0,7 -1,9 3,4 3,6 2,1
Exportations (% du PIB) 25 25,3 22,3 26 26,5 nc
Importations (% du PIB) 20,3 23,5 21,8 21,6 24,7 nc
Solde du compte courant (% du PIB) -1,3 -3,7 -4,4 1,8 -1,7 -7,2
Dette extérieure (%du PIB) 83,7 83 81,9 76,2 70,7 nc

 (Source :Gouvernement camerounais et BEAC)

La longévité politique n'empêche par ailleurs pas d'évoluer. le poste de Premier ministre a été rétabli en 1991 (responsabilité du gouvernement devant le parlement) et, en 1996, une importante révision constitutionnelle crée le Sénat, le Conseil constitutionnel et les prémices de la régionalisation. A l'occasion des élections, le personnel au pouvoir est renouvelé, rajeuni. De nombreux jeunes diplômés grimpent dans la hiérarchie administrative, entrent dans les cabinet ministériels. Ils apportent un regard neuf sur le maintien de la paix tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières, premiers gages e ce que l'on appellera plus tard la "bonne gouvernance".

GRANDS INDICATEURS SOCIAUX

population (millions d'habitant) 15,2
PIB/habitant ( dollars, hors secteur informel) 550
Taux annuel de croissance démographique (%) 2,3
Population urbaine (%) 50
Espérance de vie (âge moyen) 50
population ayant accès à un point d'eau aménagé (%) 62
Population analphabète (%) 23

(source : banque mondiale ; 

année de référence 2001) 

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Une réelle politique de voisinage 

A l'intérieur, de subtils équilibre socio-politiques avaient permis, au début des années 1960, de calmer les ardeurs centrifuges. Paul Biya avait ouvert le jeu dès son arrivée au pouvoir en 1982, au point qu'aujourd'hui, ces équilibres ne représentent plus rien. Tout le monde peut prétendre à tous les emplois et peut exercer toute activité de son choix. le contentement des citoyens repose beaucoup plus classiquement sur une juste répartition des deniers de l'État à laquelle veille le Président. 

A l'extérieur, le régime a d'abord cherché à se rapprocher des ses voisins, notamment au sen de la communauté des États d'Afrique Centrale dont il est l'un des plus ardents promoteurs. En 1999, les  six pays membres (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad) créent la Communauté Économique et Monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC) sur le modèle de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique de l'Ouest. Ils s'engagent à faire converger leurs politiques, notamment dans les domaines de l'économie et de la justice. chaque fois que cela a été possible, le Cameron a en outre signé des accords bilatéraux de bon voisinage avec ses voisin, tel un pacte de non agression avec la Guinée Équatoriale, ou différents accords consulaires facilitant les conditions d'entrée et de séjour des étrangers. Le pays a cherché à équilibrer ses relations avec les grands ensembles mondiaux, n'adhérant par exemple à la francophonie après s'être assuré  de ne pas, ce faisant, heurter la sensibilité de sa minorité anglophone. Il entretient en contrepartie des relations privilégiées avec le Commonwealth et ses membres de la conférence islamique internationale (OCI) bien que le pluralisme règne au Cameroun aussi en matière religieuse. Il était alors naturel que le président de la République ait refusé l'affrontement avec le Nigeria dans sa dispute sur l'île de Bakassi et calmé le jeu  après que la Cour de justice internationale ait donné raison a Cameroun en matière de souveraineté sur la région. Avec un courage certain d'ailleurs, l'opinion publique camerounaise n'étant pas moins échaudée que son homologue nigériane.

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la décentralisation relancée

la paix est toutefois un acquis et le Cameroun se lance aujourd'hui dans d'autres voies de la bonne gouvernance. En matière politique, c'est la relance de la décentralisation, inscrite dans la révision constitutionnelle de 1996. Comme à son habitude, le pays procèdera prudemment pour atteindre des objectifs d'une très hautes ambitions : n'est-il, en effet, pas prévu  de transfert concomitant de compétences et de ressources financières allant bien au-delà  de ce qu'un pays comme la France elle-même a réalisé ? La réforme devrait s'appuyer sur deux principales collectivités locales, les dix régions créées en 1996 sur les frontières des anciennes provinces, et les communes. L'exacte étendue de la décentralisation, les gardes-fous, la tutelle de l'État, la responsabilité des élus locaux, toutes ces questions et bien d'autres encore restent à finaliser. Des options semblent devoir s'imposer tel le choix non de court mais de chambres régionales des comptes et un pouvoir juridictionnel, à l'image de ce qui a déjà été décidé au niveau national. D'autres sont bien plus difficiles à arrêter, notamment en matière de rapports entre autorités nationales de tutelles et pouvoirs décentralisés ou encore  en matière de coordination au niveau national de politique décidé localement. 

la réforme doit aussi veiller à ne pas contrarier une autre action d'envergure lancée ces dernières années, celle de la lutte anti-corruption, qui a permis au Cameroun de décoller de la queue des classements internationaux, dont celui de transparency international. Cette lutte prend, au Cameroun, un aspect multiforme : la recherche et la répression bien entendu des cas graves de corruption. Des ministres ont ainsi été poursuivis et condamnés sur ce chef d'accusation. Mais, comme le disent les officiers : "on ne va pas mettre un policier derrière chaque citoyen et un gendarme derrière chaque policier ! " Les procédures d'appel d'offres public ont donc été reformées, leur organisme central assaini. Concernant la petite corruption au quotidien, c'est au secteur informel que l'État c'est attaqué. D'abord en protégeant ses petits opérateurs contre les excès du circuit jadis difficile de la microfinance. Puis en incitant, plus qu'en contraignant, les même opérateurs à se déclarer et à payer des charges fiscales et sociales légères au lieu de multiplier des dessous de tables au final  plus pesants. 

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Les grands travaux en cours

Énergie, communication, pétrole, logement, tels sont les priorités du Cameroun en matière d'infrastructures. Citons en premiers, parce qu'il est en voie d'achèvement le pipeline et le terminal pétrolier de Kribi qui vont permettre, dès le début de l'an prochain d'évacuer jusqu'à 250.000 barils/jour de pétrole du sous-sol tchadien. L'installation, enterrée, aura plus de 1000km de long, dont près de 900 au Cameroun. L'énergie, c'est essentiellement l'électricité. La compagnie nationale a été privatisée, le repreneur américain (AES) n'ayant plus les moyens, semble-t-il, d'effectuer les investissements nécessaires. C'est l'État qui les lance donc, notamment plusieurs barrages hydro-électriques et la construction, non loin de Douala, d'une centrale à gaz. En attendant AES procède à des délestages. Les communications concernent essentiellement les routes sous-régionales dont dépend étroitement le florissant commerce du Cameroun avec les pays voisins. En 2010, Yaoundé devrait être relié par des routes bitumées à Abuja au Nigeria, et à N'Djaména au Tchad, à Bangui en République Centrafricaine, à Bata en Guinée Équatoriale et à Libreville au Gabon. Le chemin de fer entre Douala et Ngaoundéré a quant à lui été privatisé, une reprise du transport de fret entre le port du Cameroun, Douala, et l'intérieur du pays étant déjà perceptible. On programme de 10 000 logements/an a enfin été lancé voici quelques années dans un pays où l'exode rural est assez rapide et où un déficit de logements existe dont dans les villes. 

Des mesures propres à des secteurs "criminogènes" ont enfin été prise, telles celles arrêtées avec l'aide de la Banque Mondiale en matière de gestion des ressources forestières : ouverture de l'exploitation primaire à un grand nombre d'intervenants, interdiction progressive d'exportation des grumes et mise en place des procédure judiciaires doivent contribuer aussi à diminuer la fraude -et donc la corruption- dans le secteur.  A noter d'ailleurs qu'en dépit d'un manque cruel de contrôleur, les responsables forestiers du pays ont été à même, la réforme appliquée, de juger de l'existence de fraudes à partir de documents d'exploitations...

Dans le même esprit, la rationalisation des procédures budgétaires a été entreprise avec l'aide, toujours, de la Banque Mondiale. Bien que des critiques aient été émises sur la rapidité de mise en oeuvre de cette réforme, celle-ci est bien avancée avec le choix, notamment -on l'a vu- de la création non d'une cour des comptes à l'image de celle qui existe en France et qui aurait dépendu du pouvoir administratif. Mais d'une chambre des comptes rattachée à la cours suprême et disposant de pouvoirs judiciaires. A noter qu'une partie des critiques émises concernait, justement, le statut de cette chambre dont les observateurs occidentaux n'avaient pas saisi l'importance au départ. 

Cette réforme complètera celle que le Cameroun a entreprise voici plusieurs années déjà dans le domaine judiciaire. Le pays a notamment adhéré au traité relatif à l'harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) dont il héberge le siège. Parallèlement, Yaoundé signait des accords de garantie des investissements avec plusieurs pays bailleurs de fonds et, voici cinq ans, devenait membre à part entière de l'Agence multinationale de garantie des investissements. Un effort intense de formation était par ailleurs entrepris avec l'intégration d'une filière de magistrats au sein de l'école de formation des élites administratives du pays.

Plus généralement, c'est réformes s'inscrivent dans le cadre de l'initiative de réduction de la dette des pays pauvres les plus endettés à laquelle le Cameroun a été déclaré éligible en octobre 2000. Trois conditions ont été fixées avant ne soit déclenchée l'annulation de la dette :

- L'achèvement d'un programme d'action sur trois ans mené en coopération avec le FMI. Deux ans se sont écoulés et il reste une année encore de stabilisation économique à assurer ;

- La mise au point de l'acceptation d'une stratégie de réduction de la pauvreté. Un document provisoire a été soumis aux élus en 2001, aboutissant à la publication du document définitif en décembre 2002. Les dernières réactions des organismes de Washington et des créanciers ont été reçues le 25 janvier 2003. Elles sont on ne peut plus élogieuses puisque le document camerounais pourrait servir de modèle aux autres pays éligibles ; 

- L'achèvement de plusieurs réformes, étape  appelée des "points d'achèvements". C'est dans ce cadre qu'on retrouve les actions indiquées en supra, plus les privatisations et l'amélioration de l'information sur les activités de l'État. 

Et, contrairement à ce qui a pu être écrit ici et là, le Cameroun tient ces objectifs : en 2004, une part importante de la dette extérieure camerounaise devrait être annulée, impulsant au pays un très important coup de fouet économique. 

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Les privatisations : pas de retard 

"Nous avons des problèmes avec le repreneur de la société d'électricité, les Français ne se décident pas à reprendre l'eau, personne n'a les moyens de reprendre la téléphone, c'est vrai qu'il nous faut plus de temps que prévu pour terminer nos privatisations". A la Présidence de la République du Cameroun, on reste toute fois serein : "Tout sera terminé comme prévu en 2004." Tout c'est à dire, outre l'eau et le téléphone fixe, le gros de la CDC (Cameroon Development  Corporation) Ainsi que le port de Douala, au sein duquel, préalablement, des réformes doivent être achevées. Pas de quoi crier  "au loup ! " En fait. Car le pays en a fait déjà beaucoup : Les banques, les assurances, le chemin de fer, la société sucrière, les palmeraies, la téléphonie mobile, l'acconage et la manutention... Le gouvernement a cependant la réputation d'être coriace en négociation. En témoignent les manœuvres autour de la CDC, le bananiers ayant refusé la vente par appartement, plus lucrative pour l'État qui a tenu bon et vendu déjà séparément la filière thé. 

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Labourages et pâturages 

"Quel dommage que les paysans n'aient pas su se liguer pour produire comme il l'on fait pour vendre ! " Ce haut fonctionnaire agricole camerounais évoque la situation des cultures d'exportations : en s'associant au sein des coopératives, les planteurs ont pu se passer des intermédiaires. Aujourd'hui, ils perçoivent environ 70% de la valeur FOB de leurs productions et continuent ainsi à pouvoir gagner de l'argent avec la café alors que, partout ailleurs dans le monde les petits producteurs souffrent des bas prix mondiaux et réduisent leurs efforts. Avec le cacao, les pays camerounais ont  " touché le jackpot " explique le haut fonctionnaire. Mais ils sont trop petit pour monter rapidement en production, ils leur faudrait passer également par des groupements en ce domaine.

Il y arriveront. L'agriculture est le fer de lance de l'économie du pays, employant les deux tiers des actifs, contribuant à la réalisation du cinquième du PIB national, constituant près de 40% des recettes d'exportation... C'est aussi le domaine le plus dynamique, qui a su, en très peu de temps, doubler ses traditionnelles cultures de rente d'une formidable production vivrière exportée dans toute la sous-région, voire même bien au-delà. Les oignons du Cameroun se retrouvent jusqu'à Dakar, ses fruits et légumes sur tous les étals de "circuits black" européens...

Les pieds à plat sur une terre généreuse, des centaines de milliers de famille ont su profiter en fait de la "conjoncture", comme au disait au lendemain de la crise qui  secoua le continent entier vers la fin des années 1980. Hors quelques produits nécessairement au main d'entreprises de grande taille comme le thé, avant sa privatisation au sein du groupe public CDC, ou la banane au sein du même groupe mais aussi de la française Compagnie fruitière et de l'américaine Delmonte, les paysans ont pris le pouvoir commercial et géré leurs parcelles au mieux de leurs intérêts. On a vu ce qu'il en était du café et du cacao, il faut savoir qu'ils ont continué à cultiver la noix de palme mais pour les marchés africains (l'huile rouge non raffinée utilisé dans la gastronomie africaine) et qu'ils ont attaqué le marché des épiciers africains installés en Europe avec leurs ananas, mangues, et autres papayes, sans compter les céréales et tubercules ancestrales qui, là-bas, continuent à plaire. 

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Les tomates camerounaise font le vide en Afrique centrale

Ce, tandis qu'ils développaient par ailleurs des nouvelles productions ainsi les tomates ont-elles fait le vide autour d'elles en Afrique centrales, de même qu'un grand nombre de légumes qui, ailleurs, auraient fait l'objet d'expéditions de contre-saison en Europe. Ici, ces denrées pénètrent sur les tables d'Africains qui les découvrent et les apprécient, telle la pomme de terre traduite un peu partout en frites fort appréciées par les anciens mangeurs de manioc et de plantain à la préparation beaucoup plus ardue. La viande camerounaise, étonnamment peu goûtée par une population prisant bien plus le poisson et la volaille, s'impose de même progressivement à ses frontières, portée par une qualité que tous les Africains lui reconnaissent. Bref, les Camerounais ont parié sur la demande africaine et ont gagné.

Les tomates camerounaise

Les pastequescamerounaise

 "Trop, même, poursuit le responsable administratif. Nous avons une tension inflationniste sur nos marchés qui sont aujourd'hui insuffisamment approvisionnés par les paysans. Ceux-ci préfèrent, exporter car ils gagnent plus en vendant aux voisins." L'histoire de la SOCUCAM, le sucrier local, est caractéristique du dynamisme  agricole camerounais. Voici trois ans encore, cette entreprise alors publique végétait sous le nom de CAMSUCO. Le gros de la consommation locale était assuré par des importations en provenance du Nigeria, obligeant les négociants d'une part à immobiliser de fortes sommes en stocks importants, d'autre part à essuyer des pertes non moins importantes lors des convoyages routiers. Au final, le sucre restait rare et cher. La société Somdiaa emporta l'appel d'offres de privatisation et, d'entrée, décida de travailler avec les producteurs et négociants locaux. Les cannes retrouvèrent le chemin des usines qui offrirent aux commerçants la possibilité d'acheter des quantités plus petites mais plus régulières. Aujourd'hui, l'approvisionnement en sucre du pays est totalement local et la Somdiaa est devenue, de loin, la première société sucrière d'Afrique francophone.

Globalement toutefois, l'agro-industrie n'a pas suivi cet envol de l'agriculture camerounaise. Peut-être parce que les investisseurs n'ont pas cru aux circuits commerciaux patiemment mis en place par les autochtones dans toute la sous-région ? Toujours est-il que le parc industrie a vieilli et n'attend que son renouvellement pour, lui aussi, bénéficier de la dynamique. Les exportations de  produits transformés  ont baissé ces dernières années, traduisant la perte progressive de compétitivité de leurs promoteurs. Mais cela aussi est entrain de changer, comme en témoigne la guerre de la bière qui a fait rage dans tout le pays. A l'origine, un brasseur public, Brasseries du Cameroun, plus le groupe Guiness qui, n'appartenait pas à la multinationale Diageo. La privatisation échoua au groupe français Castel,  l'ouverture du marché donnant des idées à deux familles camerounaises qui, à leur tour, se lancèrent dans la fabrication de la boisson ambrée. Pour couronné le tout, South African  Breweries, aujourd'hui numéro deux mondial annonça son arrivée. Tout cela ne pouvait que se terminer en regroupements, le renforcement d'abord des Brasseries du Cameroun avec une alliance entre Castel et les SAB, l'abandon d'une des deux familles ensuite, au profit toujours des Brasseries du Cameroun, l'accroissement enfin des investissements de Guiness et du deuxième investisseur local. Aujourd'hui, les Camerounais disposent d'une dizaine de marque de bières d'une qualité très supérieure à celles qui leur étaient auparavant proposées, bières qu'ils vendent bien entendu à tour de bras dans les marchés avoisinants...

Est-ce à dire qu'hors pâturages et labourages, point de salut au pays des Lions Indomptables ? Non, bien sûr, le sous-sol camerounais regorge de richesse et ses forêts sont immenses. Mais les premiers gouvernants du Cameroun Indépendant avaient sagement décidé de ne pas baser le développement du pays sur le pétrole. Paul BIYA a toujours maintenu le cap, si bien que le Cameroun est sans doute le seul pays africain pétrolier a ne pas ressentir durement la baisse progressive de ses recettes pétrolières. Il y eu pourtant jusqu'à 250 000 barils extraits quotidiennement de ses gisements tant onshore qu' à faible profondeur maritime. Il n' y en a plus qu'une centaine de milliers aujourd'hui, permettant en fait  au pays d'être autonome sur le plan énergétique.

L'avenir est beaucoup plus souriant : selon toutes probabilités, la présence de formidables gisements au large de la Guinée Équatoriale, la présence de gisements au large de Douala, comme celle d'un énorme gisement à Doba, au Tchad voisin, est le gage de l'existence d'hydrocarbures onshore en quantité aussi au nord du pays. On ajoutera que les études sismiques menées par les pétroliers dans la région ne sont pas totalement étrangères à la dispute de Bakassi. Bref, si les vieux gisements s'épuisent il y en aura d'autres et, ces derniers mois, les grandes compagnies ont recommencé à tourner autour des officiels camerounais lors des rencontres pétrolières internationales. Sans compter le transit, l'argent que le Cameroun va toucher pour le transport du pétrole tchadien jusqu'au terminal portuaire de Kribi...

Les principales cultures vivrières camerounaises

Manioc 2 millions
Banane plantain 1,7 million
Macabo/taro 820 000
Maïs 820 000
Mil/sorgho 385 000

 

LEs principales cultures d'exportation camerounaises

banane fruit 198 000
Coton graine 193 000
Cacao 127 000
Huile de palme 98 000
Café 85 000
Sucre 85 000
Caoutchouc 57 000

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Réformer la gestion forestière

Si, pour l'heure, le pétrole camerounais marque une pose dans son évolution, il n'en va pas de même dans son exploitation forestière : le Cameroun est devenu le premier producteur et le premier exportateur africain de bois tropicaux. En 2001, la filière bois a rapporté officiellement 372 millions d'euros au pays, près de 20% du montant globale des exportations, presque autant que le cacao, le coton, le café et la banane réunis. Le pétrole, lui, restant hors d'atteinte avec un peu moins d'un milliard d'Euros...

Les problèmes de cette filières ont donc été et sont d'un genre différent, fiscaux et environnementaux notamment. La Banque Mondiale a identifié un certain nombre de réformes  à accomplir et les dirigeants du pays se sont scrupuleusement pliés à ses exigences. Ils viennent d'ailleurs d'enregistrer l'accord de la Banque pour le versement de la troisième et dernière tranche de l'aide qu'elle a promise pour réformer la gestion forestière du pays. Lequel attache une importance d'autant plus grande à son bois qu'il génère de nombres emploies directs comme indirects. C'est ainsi que se crée actuellement une filière du meuble qui, elle aussi, s'appuie sur le réseau commercial du pays pour accélérer son développement. Les "salons" camerounais (canapé + deux fauteuils) font en effet fureur aux frontières, les camions étant littéralement pris d'assaut par les grossistes. Le travail du bois est appelé à croître puisque les exportations de grumes sont désormais interdites, devant laisser place aux sciages et aux produits ouvrés ou semi-ouvrés. 

Bien entendu, tout cela ne se fait pas du jour au lendemain. Les taxes ont commencé à rentrer de minière plus satisfaisante mais la fraude n'est pas totalement éradiquée. Des grumes quittent encore le pays. Les scieries semblent avoir des problèmes de surcapacité. La forêt camerounaise a fait de grands pas  vers la certification mais les petits exploitants ne seront jamais à mesure de faire certifier leurs parcelles, etc. Tous problèmes qui trouveront progressivement leurs solutions -ou leur nouvel équilibre- dans les années à venir. 

Tous les gouvernements qui se sont succédés depuis vingt ans ont  en effet prouvé leur détermination dans les actions économiques qu'ils ont menées. Dans la crise bancaire par exemple : celle-ci députe au cours de la deuxième moitié des années 1980 avec l'essor fulgurant tontines d'un genre nouveau, sorte de criée de l'argent aux enchères. Les banques de la place ne s'en sortiront pas, les tontines finissent par capter une part beaucoup trop grande de la masse monétaire. Le Président et sa majorité réussiront à faire comprendre aux camerounais qu'une purge drastique est nécessaire. Ils feront la purge et gagneront qu'en même les élections... On l'oublie souvent, mais le propre du politique est surtout de convaincre et, à ce niveau, le Cameroun a prouvé qu'il disposait d'une élite parmi les plus capables d'Afrique -et d'une population particulièrement réceptive !

Sans doute leur manque t-il d'un peu plus de bagout ? Yaoundé n'est indiscutablement pas Abidjan au niveau de la notoriété, la retenue n'est plus une vertu  dans notre monde médiatisé. Qui sait que le taux de croissance du Cameroun est le plus élevé d'Afrique francophone depuis cinq ans (en zone franc, c'est-à-dire Guinée Équatoriale incluse, cette dernière passe devant) ? Qui sait que son taux d'épargne flirte avec le cas du BIP ? Que sa gestion budgétaire est un modèle du genre ? Qui sait qu'en dépit de la réussite des Lions Indomptables, le ministère de la Jeunesse et des Sports est resté aussi pauvre qu'avant ? Est-ce du fait de dirigeants pétris de méfiance paysanne vis-à-vis des dépenses somptuaires ou bien d'une population qui, pour les mêmes raisons, déteste l'ostentation, toujours est-il que l'austérité sied aux Camerounais, peut-être même trop : un peu d'éclat permettrait sans doute à bon nombre d'investisseurs étrangers d'avoir leur attention attirée par ce pays à la fois doué et méritant.

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De la viande à revendre 

On estime à plus de 5 millions le nombre de bovin présents au Cameroun, l'élevage de transhumance ayant pratiquement disparu. Ce cheptel ne donne lieu pour l'instant qu'à un abattage restreint, quelque 100 000 bêtes par an à Douala et à Yaoundé. Les camerounais sont surtout amateurs de volaille (il y en aurait plus de 30 million dans le pays) et de poisson : les pêcheurs camerounais ramènent bon an mal an, plus de 120 000 tonnes dans leurs filets, dont seulement 45 000 tonnes pêchés en mer. le gros des prises se fait en eau douce, dans les nombreux cours d'eau et lacs du pays. A ces quantités s'ajoute celle des fameuses crevettes, quelque 500 tonnes/an essentiellement consommées dans le pays qui doit importer par ailleurs 60 000 tonnes de poisson des pays avoisinant pour satisfaire sa demande intérieure.

L'administration estime enfin à 2,5 millions d'unités le nombre des ovins présents dans le pays, les caprins étant un peu plus nombreux (environ 3 millions) et les porcs, nettement moins nombreux (environ 1,2 million). Aucune statistique n'existe concernant la viande de chasse qui est aussi consommée en quantité relativement abondante dans les zones forestières et les grandes villes et dont une partie doit être importée.

 

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