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| Que d'influence !
En ce jour de printemps
1472, une petite escadre pénètre dans l'estuaire d'un fleuve inconnu le long
des côtes du Golfe de Guinée. A leur tête, Fernado Po, l'un des nombreux
navigateurs aventuriers que le royaume du Portugal a, quelques décennies
auparavant, décidé d'envoyer découvrir la frange ouest du continent africain.
Peu à peu, ces explorateurs descendront jusqu'en Afrique du Sud, doubleront le
cap de Bonne-Espérance et découvriront une nouvelle route des Inde... |
Le
centre-ville de Douala, Boulevard de la liberté |
pour l'heure, des marins se
penchent sur le bastingage de la première caravelle et s'interpellent
bruyamment : "L'eau bouillonne ! " Tout le monde accourt et, la
remontée s'un seau plongé au cœur du bouillonnement aidant, les hommes
s'aperçoivent qu'il s'agit de... crevettes : les eaux du futur Wouri, fleuve
qui se jette dans la large baie de Douala, sont infestées de ces crustacés. Au
point d'altérer la surface saumâtre des eaux limoneuses. Les portugais
baptisent alors le cours d'eau "Rio dos Camaroes", la Rivière des
crevettes. Ce nom restera au pays qui l'entoure, sous l'appellation,
progressivement simplifiée, de "Cameroun".
A l'époque toutefois, les
rives du fleuve dépendent d'un grand empire, celui du Karnem-Bornou, qui
s'étend du nord du lac Tchad jusqu'au centre du plateau de l'Adamaoua au
Cameroun et jusqu'à celui de Baoutchi au Nigeria. Au moment où surviennent les
Européens, un grand monarque règne sur cet État, Ali. L'empereur a étendu sa
suzeraineté jusqu'à Kano au NIgéria et est en train de construire sa capital
sur le fleuve Yo, a Ngazargamou. Lui et ses descendants protégeront les
populations locales des assauts étrangers jusqu'au milieu du XVIIe
siècle. Mais lorsque Idriss III meurt en 1617, s'éteignent avec lui les
derniers feux du royaume forestier : viennent les beaux jours de ses homologues
nordistes, royaume du Mali d'abord, puis empire du Songaï, empire du Soudan
enfin. Cette force montante pénètre au Kanem-Bornou via un peuple vassal, les
Foulbés. Issus du pays haoussa, ces derniers 'installeront au nord des actuels
Nigeria et Cameroun en repoussant le Fangs-Betis plus au sud. A l'ouest,
adossés aux montagnes, Bamilékés et Bamouns résisteront...
ce,
tandis que la colonisation européenne prend de l'ampleur. Les Hollandais
d'abord ont chassé les portugais de la région en 1641 et pris pied à Sao
Tomé. Ils y perpétuent la traite des esclaves, ouvrant des comptoirs dans les
régions de Douala et de Bonabéri. Les français et les Anglais les
contraignent a quitter les lieux en 1732. A partir de 1810, les Anglais aident
les population à combattre la traite, et des missionnaires protestants
s'installent autour de l'estuaire du Wouri. Victoria est fondée...
En 1884, les britanniques
ayant refusé d'assurer la protection de la région, des chefs locaux signent un
traité avec une entreprise allemande, la société Woermann, bien vite relayée
par l'administration germanique. Laquelle se hâte également d'occuper tout le
Cameroun... Après la première guerre mondiale, la Société des Nations,
ancêtre de l'ONU, confie le Cameroun occidental aux Anglais et le Cameroun
Oriental, beaucoup plus vaste aux Français. Situation qui perdurera, sous une
autre forme juridique (tutelle et non plus mandat), jusqu'à l'indépendance,
proclamée le 1er janvier 1960 par Ahmadou Ahidjo, alors Premier ministre du
territoire.
Histoire et géographie riche
en influence.
La géographie du Cameroun
moderne n'est pas moins riche en influence, cumulant, sur près de 500 000 km2,
reliefs élevés, plaines immenses et littoral conséquent. La forêt dense
cohabite ici avec le Sahel ; les pluies équatoriales peuvent l'inonder quand,
au Nord, les villageois scrutent le ciel en espérant ses dons humides ; de
petits éléphants sournois peuvent terroriser les forestiers quand leurs lourds
cousins des savanes aplatissent sans vergogne des kilomètres de piste
sauvages... A l'Ouest dominent les montagnes volcaniques, emmenées par le
majestueux mont Cameroun. Un mont qui, comme le pays, n'étale pas insolemment
sa puissance : ses 4095m reposent en effet sur une très large base qui en
atténue l'effet de grandeur. En descendant vers l'Est et le Centre, on trouve
ensuite une zone de hauts plateaux appelés "barrière de l'Adamaoua",
zone intermédiaire entre la forêt et le Sahel, propre à l'élevage. Le Nord
est chaud, pauvre, pays de l'Harmattan parsemé de collines pelées dont les
fameux monts Mandara. mais aussi pays de légendes, de celles que la
contemplation d'une portion de l'infini à tout temps inspiré aux poètes... Et
puis il y a l'eau, les près de 1000 km de la Sanaga le Nyong, navigable
sur plus de 250 km, le Ntem, le Wouri déja nommé, la Cross River, la Kaeï,
réunion de rivière issues du bassin du Congo tout comme la Ngoko ; puis la
rivière Bénoué, affluent du NIger, et aussi le capricieux Logone, abandonnant
en saison sèche ses poissons dans de toutes petites poches d'eau... Sans
compter les lacs, à commencer par le lac Tchad, mais aussi les lacs de
cratère, Barombi, Tison; Mbaleng... Et sans compter le bord de mer, l'ouverture
économique en même temps qu'une douceur de vivre quasi antillaise, le pétrole
au goût puissant venant relayer la finesse des chants d'eau douce dans les
palais des gastronomes nationaux...
Une diversité climatique et
agricole
Le climat se ressent bien
sûr de cette diversité. Yaoundé, à 1200-1400 m d'altitude, ne dépaysera pas
l'Européen. Sinon par son relief, tout en creux et bosses. Au contraire de
Douala, souvent très chaud, presque toujours humide mais où nul plan incliné
ne vient contrarié l'avancée des marcheurs. Même contraste entre Ngaoundéré,
au nord des hauts plateaux, et Garoua, non loin du lac Tchad. Sauf qu'en montant
vers le nord, on perd l'éternelle moiteur équatoriale. Ici, l'humidité
est saisonnière, désirée. Au final, le pays est complet dans le registre
tropical. Autorisant toutes cultures, hébergeant toutes les faunes. Associant
les plantes d'univers parfois opposées, comme les pommes de terre et oignons
d'altitude aux cultures de bas-fond, plantains, maïs, tomates... Cumulant le
café, le cacao, l'ananas, le palmier à huile... Mêlant le zébu et la chèvre
au porc-épic et au crocodile dans la gastronomie locale.
Un peu moins de 16 millions
d'habitants s'égrènent tout au long des quelque 1 200 km qui sépare la
frontière du lac Tchad de celles, au sud, de la Guinée Équatoriale, du Gabon
et du Congo, socles d'un pays comme enchâssé entre le Nigeria à l'occident,
le Tchad et la République Centrafricaine à l'Orient. Commerçant, le Cameroun
a parsemé ses frontières de villes-relais où se déversent quotidiennement
des tonnes de marchandises : Kyossi pour le Gabon et la Guinée Équatoriale,
Moloundou pour le Congo, Garoua Boulaï pour la RCA, Béka, Mogodé, voire
Fokotol pour le Nigeria, Kousseri mais aussi Yagoua pour le Tchad... Des jeunes,
de moins jeunes, des femmes et des hommes y négocient en gros les productions
-ou les achats- de tout pays, rassemblées en un réseau extraordinairement
dense de petites et moyennes cités, Maroua, Ngaoundéré, Garous, Kumba,
Nkongsamba, Edéa, Bertoua... Dominent deux "millionnaires", Yaoundé,
la capitales administrative qui dépasse aujourd'hui le million d'habitant ; et
Douala, le grand port et la capitale économique, une fois et demie plus
peuplée.
Histoire
et géographie riche en influence
L'ascendant rural est indéniable. "Je
suis une paysanne, dit cette hôtelière au représentant en viennoiserie venu
lui vanter la qualité de ses produits. L'endroit où mon argent est le plus
sûrement placé est dans ma poche !" Avant de regarder les croissant et
pains au chocolat avec méfiance. Et de passe commande : comme l'immense
majorité de ses compatriotes, la femme est allée à l'école, elle a vite vu
le parti qu'elle pouvait tirer d'une qualité amélioré de ses prestations...
De ces ruraux émerge aujourd'hui une classe moyenne, plus érudite, plus
entreprenante. Mais qui, comme les Anciens, ne décide rien sans réfléchir et
associer des tiers à ses réflexions.
On débat beaucoup au
Cameroun où quelques lenteurs, telle celle des privatisations, font penser
faussement que les décisions importantes sont généralement repoussées.
les gens se sont adaptés à la crise de la fin des années 1980. Une crise
grave, qui vit parfois baisser de plus de 50% les revenus de certaines
catégorie de travailleurs. Peu de mendiants aujourd'hui mais le premier pays
africains à s'être lancé, avec un très grand pragmatisme, dans une
politique d'intégration de son immense secteur informel. Et au final, un pays
qui est devenu le plus riche de la zone franc. sans ostentation...
"Beaucoup d'entre nous
se souviennent..." Ce jeune cadre supérieur n'a pas connu les troubles
qui, au lendemain de l'indépendance, opposèrent des Camerounais entre eux au
nom de leur origine. mais il a été comme vacciné contre le sectarisme, les
affrontements qui ensanglantent une partie du continent jouant à cet égard le
rôle d'une sorte de rappel médical contre ce mal funeste. le pays "a
déjà donné" pourrait-on dire et recherche l'enrichissement mutuel
plutôt que la différenciation dans la mixité de ses nombreuse cultures
d'origine. Se serait-il d'ailleurs et autrement soumis avec tant de calme à la
cure drastique d'amaigrissement économique à laquelle le mena la déroute du
système financier au milieu des années 1990 ?
Sans heurts ou
presque, le Cameroun a d'ailleurs progressivement renoué avec une démocratie
que les tensions provinciales avaient mise un temps sous le boisseau. C'est,
dès 1986, la pluralité des candidats au sein du parti unique le Rassemblement
Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Aux élections législatives de
1988, les deux tiers des députés élus sont ainsi des nouveaux venus. Deux ans
plus tard et alors que des soubresauts ethniques doivent encore être
maîtrisé, y compris au sein de l'armée, le Président Paul Biya achève la
démocratisation complète du régime. Les législations d'exception de 1962
sont supprimées, la liberté de la presse est instaurée et, le 19 décembre,
la liberté d'association est promulguée : le multipartisme est ainsi de
retour. Dès lors, les élections seront toutes pluralistes. Paul Biya l'emporte
en 1992 contre John Fru Ndi, le RDPC emporte les élections municipales
de 1996 et les législatives de 1997, le Président gagne à nouveau l'élection
présidentielle en 1997, le RDPC remportant pour sa part les municipales
de 2001 et les législatives de 2002. Le Cameroun comptera jusqu'à 170 partis
politiques et plus f'une cinquantaine de journaux dont les éditoriaux seront
souvent d'une extrême violence à l'égard du président et de la République
et des membres de son gouvernement.
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